
Cette équipe de biologistes et de cancérologues de l’Université de Floride (UF Health) vient d’identifier une molécule bactérienne intestinale qui améliore la réponse au traitement du cancer du poumon. L’étude, publiée dans la revue Cell Reports Medicine, ajoute à la preuve de l’influence du microbiote intestinal sur l’efficacité des immunothérapies.
Ce petit composé naturellement produit par les bactéries intestinales, qui double la réponse à l’immunothérapie du cancer du poumon chez des modèles précliniques, constitue la base d’un futur médicament qui après validation par des essais cliniques pourra soutenir les immunothérapies chez les patients. L’impact clinique est considérable, en tant que thérapie combinée avec des d’immunothérapies couramment utilisées, tels que les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
« Tous cancers confondus, seuls 20 % des patients traités par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire y répondent. Tout médicament susceptible d’améliorer la réponse immunitaire représente une avancée majeure », explique l’un des auteurs principaux, le Dr Rachel Newsome, chercheur à l’UF Health. « Nous envisageons que ce médicament à petite molécule puisse être administré simultanément ou avant l’immunothérapie par inhibiteurs de points de contrôle immunitaire et
pouvoir ainsi augmenter la réponse des patients de 50 %,
sans recourir à un traitement invasif supplémentaire. Notre objectif est de renforcer naturellement l’activité de l’immunothérapie afin qu’un plus grand nombre de patients bénéficient du traitement ».
L’étude fait suite à des années de recherche à l’UF, portant sur la relation complexe entre l’ensemble des micro-organismes, notamment les bactéries, qui vivent dans l’intestin (le microbiote intestinal) et notre santé et notre système immunitaire. En 2018, la même équipe avait pu analyser les selles de patients participant à un essai clinique évaluant des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire. L’analyse des selles permettant d’étudier la composition du microbiote intestinal. Les chercheurs avaient alors démontré que la transplantation de microbiote fécal de patients ayant répondu à l’immunothérapie à des souris n’y ayant pas répondu permettait à ces modèles de répondre alors favorablement au traitement.
Cette découverte démontrait le rôle déterminant du microbiote intestinal dans la réponse à l’immunothérapie :
- l’analyse du microbiote, au niveau des bactéries individuelles a alors permis d’identifier 6 souches bactériennes parmi plus de 180 qui, administrées à des souris atteintes de tumeurs pulmonaires, renforçaient leur réponse à l’immunothérapie ;
- à partir de ces 6 bactéries, un métabolite, appelé Bac429, est identifié, qui stimule une réponse immunitaire similaire à celle des 6 bactéries ;
- l’injection de Bac429 dans les tumeurs de souris atteintes d’un cancer du poumon très résistant, en combinaison avec l’immunothérapie, permet de réduire la croissance tumorale de 50 %.
L’équipe travaille actuellement au développement de dérivés médicamenteux du Bac429 naturel, tout en cherchant à décrypter le mécanisme sous-jacent exact. Les chercheurs font l’hypothèse que l’interaction de cette molécule naturelle avec les cellules immunitaires pourrait se produire dans l’intestin, ces dernières migrant ensuite vers les tumeurs.
C’est à nouveau le concept d’exploiter le potentiel thérapeutique du microbiote,
grâce à des étapes spécifiques menant à une molécule active. Cette molécule pourrait améliorer les résultats du traitement du cancer du poumon, un cancer « très » mortel et l’un des moins sensibles aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
Se pose enfin la question du rôle exact de l’alimentation, et plus particulièrement de la consommation de glucides, sur la concentration et l’efficacité de cette petite molécule bactérienne naturelle.
Source: Cell Reports Medicine 19 Dec, 2025 DOI: 10.1016/j.xcrm.2025.102519 Microbial-derived immunostimulatory small molecule augments anti-PD-1 therapy in lung cancer
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